Si j'ai appris une chose sur le Champagne, c'est bien celle-ci : presque rien dans cette boisson n'est le fruit du hasard. Pas même le fait que, précisément dans les années particulièrement réussies, davantage de vins tranquilles de Champagne apparaissent soudain. C'est exactement ce qui se produit à nouveau en ce moment, et je trouve que ça vaut la peine de regarder de plus près pourquoi il en est ainsi.
Quel rapport entre un bon millésime et le vin tranquille ?
Le Champagne est, on le sait, un assemblage, souvent même un assemblage de plusieurs millésimes. La base de cet assemblage, ce sont des vins tranquilles, non effervescents, qui naissent en cave après les vendanges, avant de partir en bouteille pour la seconde fermentation. La plupart des années, la qualité des raisins suffit tout juste à correctement, pour en faire un vin de base convenable destiné à l'assemblage. Mais il faut ce petit supplément de maturité, de concentration et d'équilibre pour qu'un vin puisse convaincre aussi seul, c'est à dire en tant que « Coteaux Champenois », le nom officiel du vin tranquille de la région.
Un millésime vraiment favorable, avec beaucoup de soleil, des rendements modérés et des vendanges sereines sans pression de pourriture, change la donne pour les maisons. Elles se retrouvent soudain avec des raisins d'un tel caractère et d'une telle maturité qu'il serait presque dommage de les utiliser uniquement comme composant de Cuvée pour le vin effervescent. Certaines parcelles sont alors volontairement mises de côté et élevées en vin tranquille.
Pourquoi le Coteaux Champenois est-il en fait si rare ?
Pour ceux qui ne connaissent pas encore cette catégorie : le Coteaux Champenois est le vin tranquille de Champagne, généralement issu de Pinot Noir ou de Chardonnay, plus rarement en rosé. J'aime ces vins parce qu'ils montrent le goût de la région sans toute la magie de la bulle : des vins purs, souvent assez élancés, minéraux, parfois étonnamment herbacés, avec une acidité qui paraît nettement plus exigeante dans un vin tranquille que dans le Champagne, où elle est atténuée par le gaz carbonique.
La raison de cette rareté est simple : le climat septentrional et frais de la Champagne n'est pas vraiment fait pour les vins tranquilles. Les raisins parfaits pour le vin effervescent, avec une acidité élevée et une teneur en sucre modérée, cueillis tôt, donnent souvent, en vin tranquille, un vin désagréablement acide et maigre. Ce n'est que lorsqu'une année se déroule plus chaude et plus ensoleillée que la moyenne que les raisins atteignent la maturité physiologique dont un vin tranquille a besoin pour être non seulement acide, mais aussi harmonieux.
Est-ce juste un coup de marketing des grandes maisons ?
C'est ce que je me suis demandé aussi la première fois que j'ai goûté un Coteaux Champenois, en m'attendant honnêtement à un sympathique produit de niche pour collectionneurs. Mon impression après quelques dégustations à la maison : il y a plus derrière cela que du simple marketing.
D'un point de vue économique, il est en réalité peu attrayant pour une maison de Champagne de retirer des raisins du circuit du vin effervescent. Chaque bouteille de vin tranquille produite est potentiellement une bouteille de Champagne en moins, et le Champagne se vend en général bien mieux qu'un vin tranquille issu d'une région pourtant célèbre pour ses bulles. Si une maison investit malgré tout des capacités dans le Coteaux Champenois, c'est pour moi un signal que les raisins étaient réellement exceptionnels, et que l'on souhaite rendre cette qualité visible plutôt que de la laisser se fondre dans un immense Assemblage.
Qu'est-ce que cela signifie pour nous, consommateurs ?
Pour moi, un millésime avec une production accrue de vin tranquille est toujours un petit signe avant-coureur : quand les maisons osent détourner des raisins pour le Coteaux Champenois, cela indique souvent aussi un très bon millésime de Champagne, puisqu'on ne choisit évidemment pas les parcelles les plus faibles pour cela, mais qu'on montre plutôt à quel point il y avait un surplus de qualité.
En même temps, ces vins tranquilles sont pour moi, en tant qu'amateur, une belle occasion de redécouvrir les cépages et les terroirs de Champagne sous un angle totalement différent. Sans la bulle, on perçoit souvent plus directement la craie, le fruit et la structure acide. Je trouve que quiconque veut vraiment comprendre le Champagne devrait un jour goûter un Coteaux Champenois, et ces millésimes-là sont justement le meilleur moment pour le faire, puisque davantage de bouteilles arrivent sur le marché et que la qualité est généralement au rendez-vous.
Ma conclusion
Je crois que cette tendance illustre magnifiquement à quel point le climat influence les choix de style en Champagne. Ce qui me fascine le plus : un seul été chaud et ensoleillé peut amener une maison à penser, pendant un an, presque comme un vigneron ordinaire, pas en termes de Cuvées et de Dosage, mais simplement en termes de bon vin d'une bonne année. Et c'est exactement ce qui me donne envie de me jeter sur le prochain Coteaux Champenois qui croisera mon chemin.